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Débat parlementaire sur la question du genre et de l'accès à l'énergie



Le 24 mai, le Parlement du Climat a organisé une table ronde parlementaire virtuelle sur le thème du genre et de l'accès à l'énergie. Cette session a réuni deux expertes de premier plan dans ce domaine, Magi Matinga, conseillère technique chez ENERGIA, un réseau international d'organisations visant à promouvoir l'égalité d'accès à l'énergie pour les femmes et les hommes comme un droit essentiel au développement, et Katharina Proestler, experte en genre, égalité et développement à l'ONUDI, qui a présenté son travail d'intégration de la dimension du genre dans différents secteurs économiques.


L'accès à l'énergie est un moteur essentiel de l'activité économique et du développement social, mais près de 760 millions de personnes dans le monde vivent encore aujourd'hui sans accès à l'électricité. Selon Magi Matinga, les statistiques montrent que dans presque tous les pays en développement du monde, les foyers gérés par des femmes ont beaucoup moins de chances d'avoir accès à l'électricité, que les foyers gérés par des hommes. Alors que nous nous efforçons d'améliorer l'accès universel à l'énergie pour atteindre l'ODD7, nous devons examiner comment les femmes sont marginalisées dans l'accès et l'utilisation de l'énergie et comprendre les terribles conséquences sociales, économiques et sanitaires de cette situation. Dans de nombreuses régions du monde en développement, les femmes passent d'innombrables heures chaque jour à collecter de l'eau et du bois pour la cuisine, ce qui leur laisse peu ou pas de temps pour d'autres activités. En Afrique subsaharienne, 900 millions de personnes n'ont pas accès à des solutions de cuisson propre, et les risques sanitaires liés à la combustion de bois et de charbon de bois sont extrêmement graves. Selon l'Organisation mondiale de la santé, chaque année, plus de 3,8 millions de personnes, pour la plupart des femmes et des enfants, meurent prématurément de maladies imputables à la pollution de l'air intérieur des ménages due à des pratiques de cuisson inefficaces. Outre les bénéfices évidents pour la santé, un accès abordable à l'électricité et à une cuisine propre peut donc épargner aux femmes de lourdes corvées ménagères et leur permettre d'avoir plus de temps à consacrer à leur éducation et à des activités génératrices de revenus pour améliorer leur position sociale et économique.


Les femmes sont encore confrontées à de nombreux obstacles qui les empêchent de profiter des avantages de la transition vers une énergie propre au même titre que les hommes. Le manque d'accès à l'éducation, au savoir, aux financements, ainsi que la participation limitée aux processus décisionnels, empêchent les femmes de faire entendre leur voix. Dans certains cas, des barrières culturelles, comme l'impossibilité pour les femmes d'hériter de terres ou de prouver qu'elles en sont propriétaires, peuvent accroître les disparités existantes entre les femmes et les hommes. Le Dr Matinga a souligné que le manque de statistiques et de données désagrégées par sexe, nous empêche de comprendre pleinement l'ampleur de ces disparités et de trouver les moyens d'y remédier. Energia s'efforce de fournir des éléments de recherche et des statistiques sur les besoins énergétiques et les habitudes de consommation des femmes et des hommes, afin d'encourager les décideurs à concevoir des politiques plus sensibles à la dimension de genre. Elle s'efforce également de développer la participation des femmes, de les former professionnellement, de les aider à accéder à des financements et de les mettre en relation avec d'autres entreprises, afin qu'elles puissent jouer un rôle de premier plan dans le secteur de l'énergie. L'implication des femmes dans le secteur privé de l'énergie et dans les entités publiques telles que les ministères de l'énergie et les agences gouvernementales peut contribuer à changer la dynamique et à attirer plus d'attention sur la question du genre.


Interrogées par les députés sur la manière de promouvoir une approche de l'accès à l'énergie plus inclusive du point de vue du genre, Katharina Proestler et Magi Matinga ont insisté sur l'importance d'influencer les politiques par la législation. Les députés ont le pouvoir de concevoir des lois fixant des objectifs pour des programmes énergétiques intégrant la dimension du genre, et de s'assurer que les politiques sont soutenues par des niveaux d'investissement appropriés. Comme cela a été fait au Kenya, ils peuvent également influencer les programmes scolaires et universitaires afin sensibiliser les jeunes générations aux questions du climat et du genre. Plusieurs députés ont souligné que les questions de genre devraient être considérées de manière holistique et intégrées dans tous les programmes et actions gouvernementaux, car les femmes sont victimes de discrimination non seulement dans l'accès à l'énergie mais aussi dans l'accès à l'éducation, au travail, à la santé, etc. Katharina a également expliqué que l'intégration de la dimension de genre dans chaque loi est cruciale pour pouvoir bénéficier de financements des organisations internationales. En effet, les institutions internationales sont contraintes par les textes nationaux et pour agir sur une question, elles doivent justifier l'utilisation de leurs fonds en se référant aux objectifs fixés par les lois ou les CDN. Enfin, les députés ont souligné qu'une des clés du succès est de mobiliser autant de parlementaires masculins que féminins pour faire des questions concernant les femmes des questions nationales, et pour créer une société plus équitable et productive pour tous.