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Le transport durable en Afrique subsaharienne




Le 5 juillet, le Parlement du Climat a organisé une table ronde parlementaire sur le rôle du transport durable dans la transition énergétique mondiale avec Stefanie Sohm, consultante sur les questions de transport, de développement durable et de politiques climatiques. Des parlementaires du Kenya, du Libéria, du Malawi, du Nigéria, de la Sierra Leone, de l'Afrique du Sud, de l'Ouganda et du Zimbabwe se sont joints à notre discussion.


Le secteur des transports est responsable de 27 % des émissions mondiales de CO2. Sa décarbonation est un élément clé de la lutte contre le changement climatique. En Afrique, plus que sur tout autre continent, le secteur des transports représente une grande partie de l'activité économique globale. La décarbonation des transports n'est pas seulement importante en termes d'atténuation des effets du changement climatique, c'est aussi une opportunité économique de dépenser moins en carburants polluants et coûteux. Dans de nombreuses zones rurales du monde en développement, la faible demande d'électricité fait qu'il n'est pas rentable pour les gouvernements ou les promoteurs privés d'étendre les réseaux nationaux ou de construire des mini-réseaux. L'électrification des transports représente une bonne opportunité d'augmenter cette demande, et d'inciter les acteurs publics et privés à investir dans l'électrification rurale tout en faisant baisser le coût de l'énergie. Les véhicules électriques alimentés par des batteries peuvent également créer de la valeur ajoutée autour de l'utilisation productive de l'électricité. Dans de nombreux cas, les batteries des véhicules sont amovibles et peuvent être utilisées à d'autres fins, comme faire fonctionner des appareils ménagers ou des pompes à eau.


Stefanie a présenté les défis de la décarbonation des transports individuels en Afrique. De nombreux pays africains ont des réglementations peu contraignantes en matière d'importation de véhicules d'occasion et, par conséquent, près de 40 % de tous les véhicules utilitaires légers vieillissants exportés dans le monde sont envoyés sur le continent. Dans certains pays, le parc automobile est surchargé de véhicules polluants usés, parfois âgés de plus de 15 ou 20 ans, qui représentent également un risque pour la sécurité routière. Les véhicules propres et modernes à faible émission de carbone, qui sont plus chers, ne sont généralement pas compétitifs par rapport à ces véhicules anciens. Stefanie a conseillé à nos députés de travailler sur des réglementations visant à limiter l'âge des véhicules qui peuvent entrer dans le pays, tout en poussant activement les véhicules les plus anciens hors du marché.


Selon notre expert, les pays africains auraient tout à gagner à se concentrer sur deux autres priorités. La première consiste à travailler sur l'électrification des véhicules à deux et trois roues. Ces véhicules ne nécessitent pas un déploiement massif d'infrastructures de recharge, ni de réglementations pour résoudre la question de l'utilisation et de l'accès aux terres. En effet, les opérateurs privés peuvent proposer un système d'échange de batterie où l'utilisateur peut simplement remplacer sa batterie déchargée par une batterie chargée, généralement dans une station-service ou sur un terrain privé de l'entreprise. Ce système ne nécessite pas de déploiement public d'infrastructures de recharge et peut permettre une expansion rapide de la mobilité électrique. Et comme les 2 et 3 roues ordinaires et électriques coûtent presque le même prix, les faire marcher à l'électricité est aussi très souvent beaucoup plus rentable pour les utilisateurs que de payer l'essence. La deuxième priorité, particulièrement pertinente pour l'Afrique, serait de promouvoir un système de transport public plus propre. Stefanie Sohm reconnaît que les bus électriques sont nettement plus chers que les bus ordinaires, mais investir dans ces derniers dès maintenant peut s'avérer rentable à long terme, en permettant de passer à l'étape suivante au lieu d'acheter des véhicules qui risquent de devenir obsolètes en quelques années. Enfin, pour inciter davantage d'usagers à utiliser les transports publics et avoir un impact significatif sur la réduction des émissions des voitures individuelles, Stefanie a conseillé aux députés de collaborer avec les conseils municipaux pour accroître la sécurité et la fiabilité des transports publics. Les villes africaines se développant et évoluant rapidement, les députés peuvent également promouvoir un aménagement urbain permettant à leurs administrés de se déplacer de manière plus durable, avec des pistes cyclables sûres et des trottoirs pour les piétons.