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Discussion parlementaire sur les politiques publiques pour l'électrification rurale en Afrique



Le 27 avril, le Parlement du Climat a organisé une table ronde parlementaire sur l'investissement dans les miniréseaux pour l'électrification rurale, en collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) et avec le soutien de la Commission européenne (DG INTPA). Des députés du Ghana, du Kenya, du Liberia, du Malawi, de l'Afrique du Sud et du Zimbabwe ont participé à cette session à laquelle a contribué Nicola Bugatti, expert à la Facilité d'assistance technique mondiale de l'Union européenne pour l'énergie durable. Rana Ghoneim, chef de la division des systèmes et infrastructures énergétiques à l'ONUDI, a présenté les principales conclusions du guide d'élaboration des politiques relatives aux mini-réseaux d'énergie propre, élaboré par l'ONUDI en partenariat avec d'autres organisations.


Nous disposons désormais de moins de huit ans pour réaliser l'objectif de développement durable n° 7, qui vise à garantir l’accès de tous à des services énergétiques fiables, durables et modernes, à un coût abordable. En Afrique, les énergies renouvelables joueront un rôle essentiel pour nous aider à atteindre cet objectif. Le continent possède de loin les meilleurs niveaux de rayonnement solaire au monde et bénéficie également de grandes ressources éoliennes et hydroélectriques. Bien que les gouvernements concentrent souvent leurs efforts sur l'expansion du réseau national, les miniréseaux d'énergie propre et les solutions hors réseau seront essentiels pour améliorer l'accès à l'énergie sur le continent. Comme l'ont souligné plusieurs députés, les miniréseaux sont parfois la seule solution qui ait du sens. En effet, dans le cas de communautés isolées ne comprenant que quelques familles, investir de l'argent dans des câbles coûteux pour étendre le réseau national ne serait pas économiquement judicieux. Selon Nicola Bugatti, trouver la solution la plus rentable pour chaque village nécessite une analyse approfondie de tous les coûts de chaque technologie, en tenant compte non seulement de l'investissement initial mais aussi des coûts totaux sur l'ensemble du cycle de vie. Bien que certains pays choisissent un modèle où l'investissement est entièrement public, la plupart des nations ont opté pour des partenariats public-privé. Dans le cas de la Sierra Leone, les projets de miniréseaux commencent généralement par un premier tour d'investissement public, suivi d'un second tour d'appel d'offres pour le secteur privé. Ce modèle assure une adaptabilité en fonction de l'évolution de la maturité du marché, et permet de faire baisser les coûts de l'énergie, en créant de la concurrence entre les développeurs de projets.


Un certain nombre d'obstacles freinent encore l'expansion rapide des miniréseaux en Afrique. Pour les surmonter, notre expert a encouragé les parlementaires à concentrer leurs efforts sur deux fronts. D'une part, les parlementaires peuvent aider les gouvernements à améliorer le cadre réglementaire pour créer un environnement plus favorable aux entreprises et attirer les investisseurs. Cela implique de s'assurer que leur pays dispose d'institutions publiques fortes dédiées à l'accès à l'énergie, telles que des agences d'électrification rurale, et d'un régulateur de l'énergie efficace et réactif. D'autre part, les parlementaires doivent également s'attacher à améliorer la bancabilité des projets en encourageant leurs gouvernements à mettre en place des mécanismes pour dé-risquer les investissements. Bien que les parlementaires soient des généralistes, ils sont experts dans l'art d'influencer les budgets nationaux, et ils ont le pouvoir de s'assurer que leur pays engage réellement les fonds publics. En effet, l'une des principales préoccupations des promoteurs de projets est que si le réseau national arrive dans le village où ils prévoient d'investir, ils risquent de ne plus être rémunérés et de perdre leur investissement initial. Mais si le gouvernement est également engagé dans le processus, il envoie un puissant message de confiance aux investisseurs. En présentant le Guide pour l'élaboration d'un cadre réglementaire favorable aux mini-réseaux à base d'énergie renouvelable de l'ONUDI, destiné à aider les décideurs à naviguer sur le marché des mini-réseaux renouvelables, Rana Ghoneim a insisté sur la nécessité pour les décideurs de toujours prendre en compte le risque de résiliation et d'introduire des outils d'atténuation du risque lié à la demande dans le cadre politique. Les gouvernements peuvent rassurer les investisseurs en fournissant des garanties financières, des lignes de crédit et un prix minimum avec les tarifs de rachat.


Les députés peuvent jouer un rôle important en expliquant à leurs gouvernements que consacrer des fonds publics à l'accès à l'énergie n'est pas seulement une dépense, mais un investissement à plusieurs niveaux. Les fluctuations des prix de l'énergie que nous observons aujourd'hui en raison de la guerre en Ukraine nous rappellent les conséquences économiques désastreuses de notre dépendance aux combustibles fossiles. Investir dans l'électrification par la production d'énergie renouvelable, c'est investir dans notre sécurité et notre indépendance énergétique. L'électrification rurale est également un investissement dans la santé et dans une meilleure qualité de vie. Les ménages privés d'électricité doivent se résigner à brûler du bois pour cuisiner, ce qui contribue à la déforestation et à la pollution de l'air qui provoque le décès prématuré de plus de 3,8 millions de personnes chaque année, dont la majorité sont des femmes et des enfants. Enfin, l'électricité est un moteur économique. Bien plus que le simple fait d'allumer une lumière, elle permet aux communautés de développer des activités économiques génératrices de revenus, et de mettre en place des services. Investir dans l'accès à l'énergie, c'est investir dans le développement social et économique de la population.