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Les perspectives de décarbonation des transports en Afrique

Updated: May 17



Mardi 10 mai, le Parlement du Climat a organisé une table ronde parlementaire consacrée aux transports durables avec Mme Kawtar Benabdelaziz, conseillère en transports et changements climatiques à la GIZ — l'agence de coopération internationale allemande pour le développement. Cette réunion a été préparée en collaboration avec l'Organisation des Nations Unies pour le développement industriel (ONUDI) avec le soutien de la Commission européenne (DG INTPA). Notre experte a d’abord répondu aux questions de Léa Hillaireau, coordinatrice politique pour le Parlement du Climat, puis a débattu avec des parlementaires d’Algérie, du Bénin, du Burkina Faso, de Djibouti, du Gabon, de RDC, du Sénégal, du Togo et de Tunisie.


Représentant un tiers des émissions de gaz à effet de serre dans le monde, le secteur des transports et sa décarbonation sont un point crucial de la transition énergétique pour un monde plus propre. Parmi les émissions liées au transport de marchandises, le transport routier est le plus émetteur de gaz à effet de serre, représentant près de 98% des émissions. La pollution engendrée par le transport routier est responsable d’une grande partie des conséquences sanitaires de la pollution atmosphérique. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) estime que chaque année, plus de 4 millions de décès prématurés sont imputables à la pollution de l'air extérieur. Les coûts qui en découlent sont chiffrés à près de 123 milliards d’euros par an pour la zone MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), et à plus de 210 milliards pour l'Afrique dans son ensemble. En Afrique subsaharienne, entre 1990 et 2013, le nombre total de décès annuels dus à la pollution de l’air extérieur a augmenté de 36%. Outre les coûts liés à la santé, les embouteillages et la congestion entraînent également un impact économique important. Investir dans la décarbonation des transports est donc primordial pour réaliser des économies et améliorer la qualité de vie des citoyens.


Selon notre experte, en Afrique, 41 pays ont une réglementation faible ou très faible en ce qui concerne l’importation de véhicules d’occasion — le chiffre le plus élevé parmi tous les continents. Par conséquent, près de 40% de tous les véhicules utilitaires légers d’occasion exportés dans le monde se retrouvent en Afrique. Dans certains pays, la flotte automobile est saturée de véhicules vétustes et particulièrement polluants, de parfois plus de 15 ou 20 ans d’âge, qui représentent également un risque pour la sécurité routière. Pour contrer ce phénomène, certains gouvernements ont pris des mesures pour limiter la vétusté des véhicules importés ; le Nigéria a fixé cette limite à 10 ans, le Sénégal et le Maroc à 5 ans, le Gabon à 4 ans, et l’Algérie à 3 ans. Hausser les taxes de douanes des véhicules d’occasion est aussi un moyen de les rendre moins attractifs par rapport à l’achat d’un véhicule chez le concessionnaire. Ces mesures permettent de stimuler le marché économique interne tout en réduisant les émissions de gaz à effet de serre.


Le secteur des transports présente de nombreux défis, qui sont pour l’Afrique autant d’opportunités de sauter le pas de la durabilité. Si l’électrification du secteur des transports est l’objectif vers lequel nous devons tendre, des solutions alternatives peuvent aussi nous permettre de rendre le secteur plus durable, en particulier dans les pays qui ne disposent pas encore de réseaux électriques étendus et fiables. La planification urbaine est un instrument important pour aller dans ce sens. En permettant aux populations vivant en périphérie de disposer des mêmes services que dans les centres-villes, en développant la digitalisation des services administratifs, en permettant à tout le monde de pouvoir faire ses courses près de chez soi, on peut réduire les déplacements inutiles tout en favorisant les mobilités plus douces telles que la marche à pied ou le vélo. L’État et les municipalités peuvent aussi inciter les citoyens à délaisser les véhicules individuels en développant des réseaux de transports en commun efficaces, abordables et sûrs.


Les parlementaires ont interrogé notre experte sur leur rôle à jouer afin d’accélérer la décarbonation des transports. Celle-ci a insisté sur la nécessité de dialoguer avec tous les acteurs du secteur, à la fois publics et privés, pour trouver des solutions concertées et adaptées aux réalités locales. Outre les bénéfices sanitaires et environnementaux, il est nécessaire de communiquer et sensibiliser sur les avantages économiques d’une telle transition, notamment en termes d’inclusion sociale et de création d’emplois ; au Kenya par exemple, selon une récente analyse menée par le programme Manufacturing Africa de l'UKAid, le potentiel de revenus pour l'industrie kényane des deux roues électriques est d'environ 350 millions de dollars par an d'ici 2030. Les parlementaires ont également la possibilité de légiférer pour instaurer des incitations fiscales comme des exonérations et des bonus-malus favorisant les véhicules propres, et des réglementations plus strictes interdisant les véhicules les plus vétustes et polluants. Enfin, les parlementaires peuvent encourager leurs gouvernements à montrer l’exemple en développant une vision stratégique et en investissant de l’argent pour le verdissement de la flotte des véhicules de l'Etat..